Message Au Monde

Théorie de la liberté

Diatribe à l’encontre de tous ceux qui s’arrogent le monopole de la liberté

« La liberté n’est pas une action en elle-même mais une situation légale ou un état d’esprit individuel. Pourtant, notre société moderne aime désigner certaines actions comme plus dignes du qualificatif “libre” que d’autres. Or, parfois, l’étude de la genèse de ces actions montre que celles-ci, malgré les apparences, étaient le fruit d’un esprit enchaîné et contraint par des illusions ou un inconscient latent. Voilà l’objet de mon court discours face à vous. 


« La liberté étant un vaste sujet de réflexion philosophique, étudié par les plus grands esprits dans le passé et le présent, je n’oserai prétendre la définir frontalement. C’est un sentiment grisant comme quand tu te joins à un groupe d’amis pour un voyage itinérant, le vent vous battant les faces dans la voiture où vous vous trouvez, seuls sur une route désertique de campagne. Vous décidez de ne pas suivre les sentiers battus touristiques mais de découvrir des lieux peu visités, souvent enrichissants par leur unicité, leur calme et leur grande place donnée à la nature. Quand vous croisez des locaux, c’est l’occasion de belles rencontres car vous ne souffrez plus de la peur du ridicule et des œillères de la bienséance extrême qu’on peut avoir devant ceux qui sont proches de là où l’on vit. On ressent aussi un sentiment puissant de liberté quand on fait de la randonnée en solitaire et qu’on se trouve face à l’immensité désertique du paysage de montagnes et de vallées qu’on traverse. On est alors obligé de faire face à soi-même, de se rendre compte de son individualité et de son libre-arbitre absolu aussi grand que soit le monde.


« Non, mon but n’est pas de philosopher sur la métaphysique de la liberté. Mais je veux plutôt dénoncer la monopolisation dans un dessein malhonnête de ce mot et de ce qu’il représente au sein de notre société moderne et ainsi montrer qu’il ne faut pas préjuger de la liberté d’action véritable des uns et des autres.

« Le mot “liberté” est politique. Se référant à un idéal, une inspiration positive à laquelle chaque individu peut facilement se référer, il est souvent utilisé à des fins de ralliement public et politique. En effet, c’est l’état, du moins l’entité qui dispose du monopole de la violence qui assure ou limite les libertés publiques et privées. Il a été théorisé un certain “contrat social” où les individus d’une société se mettent d’accord pour suspendre certaines libertés individuelles au profit d’une force commune agissant pour le bien public. En effet, personne de sensé ne défend la liberté de tuer son prochain de façon arbitraire. Mais cette limitation n’inclut pas les libertés considérées comme fondamentales, objet d’une histoire mouvementée à travers les peuples et les nations. Aujourd’hui, ces libertés vont de soi pour une bonne partie de la population mondiale mais sont encore loin d’être évidentes pour encore de nombreuses personnes à travers le globe.


« Certains États autoritaires limitent plus ou moins fortement les libertés. Comment savoir lesquelles sont pires que les autres ? Vérifiez si cet État essaie ou non de porter atteinte à la liberté de conscience, la reine de toutes les libertés. On peut évoquer une nécessité temporaire pour une autorité politique de restreindre certaines libertés. On excuse ainsi des régimes autoritaires. Mais ceux qui essaient de modeler la liberté de conscience dans sa manifestation la plus intime, et donc d’une certaine manière essaient de directement contrôler la pensée pour n’en imposer qu’une seule et unique par la force, ceux-là tendent vers le stade ultime de la tyrannie. C’est un stade exploré par les dystopies littéraires. La liberté de conscience fait l’individu dans son unicité et dans sa dignité. Avec un esprit fort, on peut toujours résister à la propagande publicitaire, même la plus invasive, et garder son esprit critique intacte. Face à la tyrannie et à l’injustice, on peut ployer physiquement mais décider de ne jamais rompre mentalement. On peut toujours discerner le bien du mal et le juste de l’injuste et entretenir un espoir secret mais vivace de jours meilleurs et du triomphe du bien et de la justice. Voilà pourquoi imaginer un régime autoritaire atteindre le stade de la lecture des pensées fait froid dans le dos. Mais je suis convaincu que cela ne pourrait jamais se faire.
– Oui le spiritualiste que je sais que tu es, croyant en une “âme” humaine, penserais sans doute qu’il y a une limite certaine à cette démarche, mais c’est techniquement possible. La pensée humaine peut être matérialisée car elle est bien matérielle. Il y a eu des avancées scientifiques en ce sens.
– Vraiment ? Dans quel cadre ?
– Rassure-toi, le but est d’aider les personnes tétraplégiques à exprimer leur pensée.
– Ah je vois les séries de travaux auxquels tu fais référence. On parle de retranscription de stimuli en mots et phrases simples mais on est encore loin de la lecture de pensées complexes et d’émotions.
– On en est loin…pour l’instant
– En état de conscience, on peut falsifier ses pensées. Penses-tu que les machines seront capables de détecter les pensées non sincères ?
– Je ne sais pas, nous verrons.
– Oui, nous verrons. Même si ce point est passionnant, nous dévions de notre sujet véritable qui est non pas les régimes tyranniques réels ou fictifs mais plutôt l’exercice de la liberté dans les états où celle-ci est globalement garantie car tenue pour fondamentale. La société occidentale moderne, où nous vivons, sera notre cadre.


« Nous disions donc, le mot “liberté” est d’abord politique. Les peuples étant de plus en plus instruits et éclairés, l’aspiration à la liberté est plus vivace. C’est donc naturellement un objet de démagogie et de manipulation. Souvenez-vous de cet expert publicitaire qui dans les années 1920 a réussi à accoler le mot “liberté” à la cigarette avant de la balancer aux femmes occidentales en quête d’émancipation et d’affirmation, multipliant ainsi par deux les revenus de l’industrie du tabac mais aussi les cas de cancer du poumon. “Avec moi, vous aurez plus de liberté” entend-t-on dire chez beaucoup d’aspirants politiques. Personne n’attire vraiment en démocratie en arguant vouloir réduire les libertés publiques.


« Maintenant, il y a le cas de certaines presses écrites et chaînes audiovisuelles se déclarant “temples de la liberté d’expression”. Ils dénoncent un environnement médiatique publique dominé par une certaine idéologie. Mais proposent-ils plus de pluralisme en leur sein ? Que nenni ! Ils sont chantres d’une idéologie précise dont ils prêchent la bonne parole d’une façon parfois scandaleusement sectaire, pratiquant plutôt la liberté de manipuler et de s’arranger avec la réalité pour l’épouser à son idéologie à soi. Dans le contexte auquel je pense, il s’agit souvent d’intérêts privés s’opposant au régime médiatique public jugé corrompu par le “gauchisme”. Ils y opposent leur propagande pour un conservatisme sociétal et un libéralisme économique plus prononcé. Cela peut suivre le schéma inverse selon le pays. Mais jusqu’à preuve du contraire, nous vivons dans des pays où l’expression d’opinions différentes est permise. Ainsi, le critère unique pour juger de la liberté éditoriale au sein de telle ou telle offre médiatique est de vérifier le niveau de pluralité des opinions qui y est exprimée. En démocratie, il est normal d’avoir différents médias avec différentes sensibilités politiques assumées, mais un piège est tendu justement par ceux qui ne l’assument pas et affichent une bannière de “liberté”, se déclarant neutre. Le but est alors clairement la manipulation des opinions publiques.


« Les chaînes d’informations devraient délivrer de l’information stricte. Et aussi nous épargner des invités de tous genres nous expliquant quoi penser de telle ou telle nouvelle ! C’est souvent cela qui les dénature, les transformant en machines de propagande honteuses quand justement il manque de diversité d’opinions parmi leurs invités ou quand celle-ci est feinte. Le pluralisme est donc indicatif de liberté.
– On peut s’informer soi-même hors des canaux traditionnels qui sont bel et bien des outils de propagande.
– Je serai plutôt prudent face à tes dires et rappellerai qu’il faut multiplier ses sources d’information pour mieux faire usage de son esprit critique. Les canaux secrets auxquels tu fais référence jouent peut-être justement sur l’appât de la liberté pour mieux isoler et tromper ses bénéficiaires. Face à la surcharge d’information, il faut prendre son temps et ne pas réagir à chaud à tout ce qui passe. Et aussi, il est important d’accepter de confronter son opinion à celle des autres et surtout à la réalité


« Tout à l’heure, nous avions nommé une idéologie du nom que ses idéologues lui ont attribué et que la postérité lui a retenu : le libéralisme. Les libéraux économiques et sociétaux ne prennent-ils pas de façon inacceptable le mot “liberté” en otage dans le but de se désigner ? Y a-t-il un “libéral” pour me répondre ?
– Il n’y a aucune prise d’otage car nous libéraux, et même libertariens pour les plus radicaux, considérons qu’il n’y a rien de plus précieux que la liberté individuelle. Notre utilisation du radical “liberté” pour nous désigner est totalement légitime car nos propositions tendent à encourager la levée de tout obstacle à son expression. N’est-ce pas précisément cela la définition de la liberté : le manque d’entraves ?
– Oui mais dans quel but ? N’allez-vous pas admettre que la visée est avant tout économique ?
– L’économie est centrale à la vie de l’individu.
– D’accord mais soutenez-vous la liberté de tuer son prochain ?
– Je ne vois pas le rapport mais bien sûr que non. L’état doit être réduit aux fonctions fondamentales de police et de justice.
– Vous êtes donc contre l’anarchie ? Vous n’êtes donc pas pour la liberté sociale absolue pourtant vous décrivez votre idéologie à partir de ce mot. L’anarchie n’est naturellement pas bénéfique à votre économie qui est pourtant une économie de marché dérégulé où règne la brutalité des plus forts, de ceux qui sont bien partis car votre monde serait peut-être idéal si tous partaient de la même ligne de départ. Or, beaucoup ont un capital plus élevé que d’autres, hérité d’un ancêtre érigé en exemple de quelqu’un “parti de rien”. Mais vous, partez-vous de rien ? Peut-être qu’effectivement vous faites partie de ceux qui croient en ce système et veulent imiter les riches “partis de rien”. Mais la réalité est que ce système est généralement source d’inégalités économiques injustes qu’il tend à creuser. Le libéralisme apparaît donc comme une manipulation conservatrice de la caste des opulents. C’est une extension de leur volonté de conservation, volonté qui existe depuis la nuit des temps.


« Vous voulez “moins d’État, plus de liberté”. Moins d’État pour imposer le partage des richesses de la nation par des taxes justes, moins d’État pour établir des règlementations « handicapantes » protégeant la santé publique et l’environnement naturel. Plus de liberté pour toujours rechigner sur une augmentation des plus bas salaires même quand l’entreprise connaît une croissance, plus de liberté pour gagner en productivité au détriment de vies humaines et pour se défaire de sa responsabilité vis à vis de la Création. On s’étonne ensuite que l’écart entre l’extrême richesse et l’extrême pauvreté se creuse de jour en jour. Ne devrait-on pas au nom du progrès chercher à nous assurer du plafonnement par le bas de la misère plutôt que de défendre des arnaques comme le ruissellement par le haut ? Je comprends qu’il soit essentiel d’avoir la force publique pour tenir en respect ceux-là des plus défavorisés du système qui développeraient du ressentiment et une envie de violence envers les favorisés de cette sournoise injustice.

« Dans la même lignée de ceux-là qui s’accaparent le mot “liberté”, il y a les “libre-penseurs”. Ce terme est souvent employé dans son expression rationaliste et antireligieux. Il est pourtant étonnant que dans notre société largement dominée par le rationalisme et où la liberté de pensée est garantie, certains conçoivent toujours le besoin d’afficher l’étiquette de “libre-penseur” dans leurs attaques incessantes contre les croyances religieuses.
– En effet, les religions ont encore une grande influence sur notre société et il est encore utile de les combattre car elles sont très néfastes.
– Et tu es donc “libre-penseur” ce faisant ?
– Oui car je suis libre de l’endoctrinement des religions. Endoctrinement dont je veux préserver le maximum de monde. Un croyant croit-il vraiment librement ? Son choix de vie et de croyance n’est-il pas imposé par son environnement ? L’État doit ainsi légiférer à ce sujet et interdire aux parents d’endoctriner leurs enfants.
– Et donc ainsi interdire aux parents d’éduquer leurs enfants avec des systèmes de valeurs ?
– On peut transmettre des valeurs humanistes à ses enfants indépendamment des stupides religions !
– Et ces valeurs humanistes sont-elles nées du néant ? 1500 ans d’influence d’une certaine religion sur notre société n’ont-ils donc eu aucun impact durable ? Tu n’as rien à répondre ? Eh bien je n’ai plus de questions à te poser moi non plus, “libre-penseur” à la piètre réflexion ! Tu te dis “libre-penseur” et libéré de l’endoctrinement mais pourtant tu fais étalage de ton propre endoctrinement de par ton manque de nuance pour un sujet aussi grave, signe de ton étroitesse d’esprit. Tu as un discours à charge contre la religion dont tu ne vois que les conséquences “néfastes” te basant sur la façon dont des êtres humains ont détourné de bons commandements au cours de l’histoire et comment la religion a été utilisée et continue d’être utilisée comme outil au service du politique. Pourtant, le rôle des spiritualités depuis la nuit des temps – spiritualités qui ont été à la base de toutes les civilisations en tout lieu – a été essentiellement de transmettre des valeurs morales idéales inspirées d’une transcendance considérée comme parfaitement bonne à laquelle les hommes essaient de s’accorder. Ainsi, elles ont toujours permis de limiter la barbarie humaine.


« Il fut un temps où il était inconcevable de ne pas être croyant et pratiquant religieux, s’aligner sur l’écrasante majorité étant pour beaucoup gage de justesse. Les rares personnes qui sortaient du cadre se disaient “libres” puisque ce terme est parfois utilisé pour désigner une pensée ou une action individuelle qui semble dénoter de la masse. C’est pourquoi c’est un objet d’orgueil de se dire libre et éclairé face à une multitude qu’on désigne comme forcément manipulée et endoctrinée. Mais, de toute façon, le temps où la religion dominait la société est déjà révolue en Occident. Dans certains pays plus que d’autres, il n’y a désormais plus rien de “subversif” à attaquer la religion mais pourtant vous continuez à vous croire spécial pensant aller à l’encontre de la pensée dominante. Or, cette dernière évolue et aller à l’encontre de la doxa ne nous garantit pas non plus de détenir la vérité même si on y développe un sentiment de singularité dans un monde où le besoin de s’affirmer individuellement est de plus en plus vivace.


« La société est de plus en plus non-croyante et non pratiquante. Il n’y a plus d’influence des religions dans les lieux d’instruction publique. Ainsi, tu t’attaques au parent qui transmet sa foi à ses enfants. Mais un enfant est un être social à qui on va forcément “imposer” certaines choses, à commencer par sa culture. Pourquoi ne pas t’émouvoir que des parents imposent leur culture à leur enfant ? Pourquoi un Français va-t-il élever son enfant selon les us et coutumes de son pays ? Peut-être que cet enfant aurait choisi librement d’être Chinois ? Tu n’es pas ému par cela, pourtant la culture est ce dont on peut le plus difficilement se défaire une fois adulte et indépendant contrairement à la religion dans sa croyance et sa pratique. Notons d’ailleurs que culture et connaissances religieuses peuvent facilement s’entremêler. On impose aussi à son enfant son éducation. C’est même le rôle premier d’un parent. Si on refuse d’éduquer son enfant, d’autres s’en chargeront. Pour quelle autre raison la société libérale déteste-t-elle autant la famille traditionnelle si ce n’est parce que c’est le lieu de résistance à l’idéologie de déconstruction qu’elle cherche à imposer à tous ? La transmission des systèmes de croyances religieuses fait partie de l’éducation en question car il est ridicule de vouloir distinguer éducation religieuse et morale, les deux étant intrinsèquement liées. Les croyances mènent à une application terrestre d’un ensemble de valeurs morales. En outre, pour un parent véritablement croyant, il est question de salut et il est normal de s’en préoccuper pour ses plus proches. Le parent considère alors avoir fait sa part en introduisant son enfant dans son système de croyances et de valeurs que celui-ci peut la plupart du temps décider de quitter librement à l’âge de l’indépendance. Si la religion chrétienne était “fermée” en Occident, on n’observerait pas, comme c’est le cas de nos jours, le nombre de pratiquants diminuer et les églises se vider. Souvent, l’éloignement de la croyance religieuse se fait pacifiquement, beaucoup restant attaché à son aspect culturel, et la majorité n’adoptent pas après coup ton point de vue radical et borné.


« Parmi ceux qui s’arrogent le monopole de la liberté, ce sont les personnes comme toi qui m’indignent le plus. Avec condescendance, vous aimez remettre en question la liberté de pensée des croyants religieux. Or toi qui va probablement transmettre à tes enfants ta haine des religions, on ne te fera pas le procès de l’endoctrinement. Quand on est anti-religieux, on est forcément libre d’esprit, c’est cela ? Foutaises ! Il y a des pays, comme la France où les principes de neutralité religieuse de l’état sont souvent manipulés par des élites politico-médiatiques athées militants pour servir leur militantisme. Ainsi, l’expression public est libre et admise seulement si elle est anti-religieuse. Les croyants eux-mêmes semblent avoir accepté de s’inhiber volontairement. Le blasphème, quelle que soit sa forme, est tenu pour reine de la liberté d’expression et pour un croyant, le seul fait d’exprimer publiquement sa sensibilité face au blasphème l’expose au soupçon d’intégrisme et de fanatisme. La liberté d’expression des croyants face au blasphème semble être traitée comme non recevable mais prise au sérieux comme une menace existentielle pour la liberté de blasphémer. Curieuse liberté que celle qui ne saurait souffrir de la seule expression de son antithèse ! C’est ainsi que les films d’auteurs et œuvres artistiques ayant pour objet le blasphème seront largement subventionnés et salués par la critique alors que les œuvres artistiques ou films cherchant juste à exposer ou raconter fidèlement l’histoire de l’Évangile, trouveront difficilement un financier ou un producteur qui inventeront une secrète application de la laïcité pour justifier de leur refus. Comment ne pas y voir un dessein programmé de ceux qui ont décidé qu’il devait y avoir moins de religion et ainsi utilisent divers moyens pour, en fin de compte, limiter l’expression de la pluralité des opinions. Pourquoi avez-vous autant peur d’un message d’amour, de grâce et d’anti-individualisme ? Les croyants, intimidés, hésitent dès lors à exprimer leurs opinions mais doivent supporter sans cesse son opposition dans l’espace publique. Tu as le droit de publiquement blasphémer et caricaturer la religion mais je n’ai pas le droit de publiquement évangéliser car ça serait faire preuve de prosélytisme ? Et ton prosélytisme à toi, athée borné ? Ne voyez-vous pas un manque de justice ? Qu’est-ce qui m’empêcherait dans ce cadre de mettre mes moyens privés au service de la défense de ma foi ? N’est-ce pas ma liberté à moi ?


« Certaines personnes se demandent comment, avec un tel déséquilibre, le christianisme réussit à résister à la disparition complète. Ils oublient que l’Évangile a été écrit non pas dans un monde où le christianisme dominait et pour des chrétiens majoritaires mais l’Évangile a été écrit pour des chrétiens minoritaires dans un monde où le christianisme était moqué et traîné dans la boue.


« L’endoctrinement et le fanatisme ne sont pas propres au religieux. Tu en es la preuve, toi et tes propositions liberticides. L’histoire a montré que des idéologies foncièrement anti-religieuses, comme le communisme, ont eu l’occasion de “légiférer” brutalement pour tenter de réduire à néant la religion. J’espère que ton enfant aura l’occasion d’explorer d’autres sources de connaissances que le rationalisme absolu. J’espère qu’il sera un jour sensible à son “esprit de finesse” comme l’a désigné un grand savant chrétien, esprit qui lui permettra de connaître Dieu et son infini bonté. Il développera non pas une morale morne et utilitariste, centrée sur soi, mais il apprendra à voir en lui-même des valeurs qui le dépassent et qui consistent à aller vers l’autre dans une optique de service et de don de soi. Il trouvera du sens à sa vie et sentira une force le poussant à accomplir de grandes choses pour le bien de tous. Toi aussi tu peux, si tu veux !
– Notre ami a bien exagéré, je le conçois, et tu lui as dûment répondu mais il faut reconnaître que les croyances religieuses divisent plus qu’elles ne rassemblent. C’est donc peut-être pour préserver la paix publique que certaines autorités politiques cherchent à limiter l’expression religieuse.
– C’est encore un faux argument contre la religion. Si le but était bien de sacrifier la liberté au profit de la tranquillité, le blasphème serait interdit du fait des menaces terroristes d’extrémistes religieux qu’il peut engendrer. Aussi, le débat sur la place de la religion a commencé bien avant la multiplicité des croyances en France. Pendant 1000 ans, tous en Occident étaient chrétiens mais cela ne l’a pas empêché d’être le théâtre d’innombrables guerres inter-étatiques. La religion, hier comme aujourd’hui représente une petite minorité dans les motivations des guerres qui restent avant tout purement territoriales et politiques. En outre, la religion est ce qui propose à chacun de dépasser sa réalité individuelle pour s’accorder à une transcendance qui le relie à tous les autres individus. La religion chrétienne en particulier, même si elle a véritablement contribué à forger l’identité de nombreuses nations, a une vocation supranationale, les premiers disciples étant enjoints par le Christ de faire des disciples de toutes les nations. Et ils avaient commencé à le faire en montrant le bon exemple aux futures générations : sans contrainte aucune mais par amour et parfois au péril de leur vie. Cela rend donc ridicule et caduque la tentative de certains, se voulant initiateurs d’un “renouveau chrétien”, de rappeler les racines chrétiennes des pays Occidentaux pour mieux rejeter les phénotypes non occidentales et les autres religions, en particulier l’islam, et leurs pratiquants venant de d’autres pays. Cette religion fait particulièrement peur dans les pays occidentaux où la religion traditionnelle chrétienne pâtit du fait des attaques des “libres-penseurs” qui croient la réduire avec les mêmes armes que contre le christianisme. Mais c’est en vain car l’islam a aujourd’hui encore une assise culturelle et démographique étant la religion officielle assumée de nombreux pays dans le monde alors que les pays chrétiens occidentaux prennent la voie de la laïcisation. Sans renouveau du Christianisme comme pratique individuelle dans ces pays, l’Islam serait naturellement la seule grande offre de spiritualité et de communauté, et de plus, elle a le mérite de la nouveauté. En outre, la pluralité des croyances est l’occasion de l’apprentissage et de l’exercice de la tolérance. C’est bien cela le maître mot : tolérance. Mais force est de constater que, de nos jours, dans nos pays occidentaux, les croyants les plus intolérants sont les athées militants. Ils sont bien des croyants de par leur certitude affichée dans leur prise de position métaphysique radicale.


« Nous avons encore un peu dévié de notre sujet central. Mon but n’est pas de vous convertir – vous avez peut-être de bons arguments pour croire ou ne pas croire quoique ce soit – mais je veux montrer à ceux qui considèrent que les croyants religieux sont forcément endoctrinés – et ont ainsi la liberté de pensée limitée – qu’ils ont tort. Et qu’à l’inverse, leur point de vue n’indique pas nécessairement un parfait esprit critique.

« J’ai moi-même l’occasion de m’enorgueillir du fait d’aller à l’encontre de la doxa. Je fait référence ici à la pensée actuellement majoritaire en Occident concernant la sexualité. En grandissant, d’adolescent à adulte et en évoluant parmi mes pairs au sein de la société, je me suis bien rendu compte que ma vision et ma pratique de la sexualité faisait de moi un alien. Quelquefois, j’ai manqué de courage pour affirmer mon point de vue lors de discussions, me fondant dans la masse. Mais jamais ne suis-je passé à l’acte d’une aventure libertine et jamais n’ai-je consommé la chair avec quelqu’un avec qui je n’étais pas en phase spirituellement. C’est-à-dire jamais tout simplement car je n’ai pas encore rencontré une femme avec qui je voudrais faire un et passer le reste de ma vie, uni à elle devant Dieu. Et ce, à un âge où je ne serai bientôt plus considéré comme jeune adulte.
– Haha ! Ne t’es-tu aussi jamais masturbé à ton âge avancé ?
– Si, mais c’est souvent suivi d’un vide intérieur et d’un sentiment d’échec après un acte m’éloignant de mon Créateur.
– Pfff… Sans doute ces balivernes sont-elles motivées par tes croyances religieuses. Je trouve cela désolant de se culpabiliser pour quelque chose de naturel. Les religions du livre, le Christianisme en particulier, ont introduit des lois arbitraires criminalisant le corps et faisant culpabiliser ses fidèles pour tout ce qui y a trait, chose que ne faisaient pas les religions polythéistes gréco-romaines remplacées. Heureusement que la libéralisation sexuelle a eu lieu, libérant la société de carcans moraux ridicules. La sexualité est l’occasion de l’expression libre de l’individu et du corps.
– L’essentiel, je te dirais, est que le mode de vie quel qu’il soit, trouve une motivation dans le choix réfléchi et autodéterminé de la personne concernée. C’est l’objet principal de tout mon discours. Comme notre ami de tout à l’heure, tu ne reconnais pas mon entière liberté de choix car je suis un mode de vie dont tu ignores les motivations. Tu en tires alors la conclusion de l’ “arbitraire”. Mais si tu ne sais pas, demande ! Interroge, plutôt que de préjuger !


« Je crois que l’être humain a une part terrestre qui tend vers le charnel et une part de Dieu, spirituel, qui fait qu’il a véritablement été créé à son image. Les Grecs antiques, que tu regrettes tant, ne disaient pas autre chose : l’homme est traversé à la fois par sa composante terrestre et par sa composante divine dont le héros est l’incarnation parfaite. Contrairement à une idée reçue tenace, due sans doute à une visualisation d’orgies dans les strates aristocratiques, la sexualité chez les gréco-romains était aussi soumise à des tabous. Le lien entre purification et abstinence sexuelle n’est pas une invention du christianisme. C’était une nécessité chez les Grecs pour entrer dans certains sanctuaires et pour consulter l’Oracle. De plus, les gardiennes du feu sacré devaient maintenir une chasteté stricte pour conserver leur lien avec le divin. Même idée de purification chez les prêtres de l’Égypte antique avant chaque culte divin. De même dans les religions traditionnelles noire-africaines qui intégraient beaucoup d’interdits sexuels rituels et sociaux contrairement aux mensonges propagés. Je peux aussi évoquer les religions orientales comme le bouddhisme et le taôisme qui encouragent détachement et modération et les religions précolombiennes en Amérique où le contrôle de la sexualité était considéré comme un pilier d’équilibre cosmique. Dans tous ces exemples reviennent l’idée universelle selon laquelle le fluide sexuel est puissant et peut nous dévier de notre quête du divin et que le sexe était signe de notre attachement terrestre. Ainsi, il n’y a rien d’ “arbitraire” puisque nous évoquons des idées archétypiques traversant les cultures. En tant que chrétien n’ayant pas fait vœu d’abstinence, je considère qu’une vie sexuelle incontrôlée tend à me dévier de mon but qui est de connaître Dieu. Le plaisir du sexe n’est pas “mauvais“. Si historiquement, l’orthodoxie religieuse chrétienne a semblé tenir de telles considérations, c’est par une erreur véritable. Ce n’est pas mauvais en soi car Dieu n’a rien créé de mauvais mais son emploi incontrôlé hors cadre l’est, le cadre étant la sublimation de l’amour fusionnel entre un homme et une femme dans le cadre du mariage. La masturbation n’entre pas dans ce cadre. Mais heureusement que je ne suis pas une religion de la culpabilisation mais une religion de la grâce. Si j’étais parfait, Christ serait crucifié pour rien. A mes frères et sœurs chrétiens qui ont développé une licence sexuelle dans leur mode de vie, je dirais que l’essentiel est de ne pas en arriver au point de considérer cela comme allant de soi et sans conséquence. Ne tombez pas dans le panneau des chrétiens “libéraux” et “progressistes” qui comme les conservateurs bornés veulent soumettre le christianisme à leur vision de la société. Ils prêchent le relativisme moral et la soumission au monde. Ne vous soumettez pas au monde mais plutôt à la grâce de Dieu et sachez toujours appeler péché, péché. Car sur quoi se masturbe-t-on ? Sur une personne fantasmée réduite en objet sexuel pour son plaisir individuel ? Sur de la pornographie maintenant démocratisée, symbole absolu de la libéralisation sexuelle ? Cette libéralisation en question est d’ailleurs une belle illustration de comment une doxa peut en remplacer une autre et de comment les valeurs peuvent s’inverser. Nous sommes passés d’une société conservatrice en matière de sexualité où la pudeur était la norme, à une société “libérée”, à la sexualisation incontrôlée où l’énoncé de ton attachement à l’abstinence te caractérise comme rétrograde.


« La liberté n’est pas dans les excès. En matière de sexualité, c’est devenu la quête du “toujours plus”. Sous l’influence infinie de la pornographie, des actes, autrefois inimaginables sont à présent considérés comme le minimum pour une vie sexuelle bien remplie. Vous n’êtes plus capable de trouver un plaisir intense dans des étreintes simples, vous devez constamment innover pour répondre à vos désirs insatiables. Mais l’excès ne peut-il pas traduire une fébrilité en étant le signe de l’addiction et l’addiction le signe d’un enchaînement mental ? Aussi, où est la liberté de celui qui agit pour se plier aux nouvelles injonctions sociales d’une vie sexuelle “”mouvementée” et d’un important “décompte de corps” pour ne pas employer l’anglicisme devenu courant. Mais ici, on ne parle pas de personnes physiquement tués – même si elles le sont peut-être spirituellement – mais de conquêtes charnelles, de “tableau de chasse” de séducteur ou de séductrice.
– Seuls les hommes sont valorisés pour cela ! Dans toutes les sociétés, les femmes sont pointées du doigt pour un nombre de partenaires sexuels élevés. C’est injuste !
– Tu combats le mauvais combat ! Tu devrais dénoncer l’hypersexualisation ambiant qui dessert en premier lieu les femmes,
– Comment cela ? La liberté sexuelle, notamment féminine, a été très chèrement acquise pour que je crache dessus. Il s’agirait de continuer à lutter contre le patriarcat et d’affirmer la dignité des femmes face au manque de respect et aux violences sexuelles.
– Malheureuse ! ne comprends-tu pas que la femme est le dindon de la farce de la libéralisation sexuelle ? Certains hommes agissent véritablement comme des ordures ne respectant pas leur propre dignité et donc encore moins celle des femmes. Si tu entendais ce qui se discute parfois entre “bonhommes”, tu hallucinerais ! Ils se vantent de leurs excès et décrivent les femmes comme des objets sexuels dégradables plutôt que des être humains doués de dignité. Les jeunes hommes de cette génération sont perdus ! Mais à qui est la faute ? Au patriarcat ? La libération sexuelle ne l’a-t-elle pas tué et libéré ses chacals soigneusement gardés ? Tu sembles dire que c’est lutter contre le patriarcat que de lutter contre les violences sexuelles et un certain objectification de la femme. Mais le patriarcat n’est-il pas valorisation de la pudeur et contrôle des hommes ? La règle qu’imposait les pères aux jeunes hommes n’était-elle pas de s’engager avec leurs filles pour la vie pour pouvoir avoir des relations sexuelles avec elles ? Ce n’est donc pas le “patriarcat” malgré tous ses défauts certains et les injustices qu’il peut engendrer qui sexualiserait les femmes et encouragerait les violences sexistes et sexuelles, mais autre chose. Beaucoup des célébrités qui aujourd’hui sont mis en cause dans les cas de violences sexistes et sexuelles, n’étaient-ils pas célébrés autrefois comme des individus “ouverts d’esprits”, comme des figures d’ “émancipation” et certaines femmes ne supportaient-elles pas des propos graveleux et des gestes déplacés par peur de passer pour des filles “coincées” ?


« Que dire de cette histoire de jeunes hommes d’une classe de lycée qui après s’être défié pour donner le plus grand nombre de noms d’actrices pornographiques, font un classement des filles de leur classe en fonction de leur “baisabilité” ? Est-ce le “patriarcat” qui encourage les jeunes hommes à traiter ainsi les jeunes femmes ? N’est-ce pas plutôt la conséquence de l’hypersexualisation et du triomphe de la pornographie dans les jeunes esprits ? Un jour, on considérera l’immense crime que représente l’exposition sexuelle des enfants que permet notre société. Pourtant, quand il s’agit de légiférer pour obliger toutes les plateformes pornographiques à s’assurer vraiment de la majorité de leurs visiteurs, cela rencontre de la résistance, on y oppose la “liberté”.


« La femme est la dindon de la farce de la libéralisation sexuelle. On lui a dit : “Viens et participe à l’entreprise de déconstruction morale, tu en tireras grandement profit”. C’est une manipulation presque digne de celle des cigarettes. Plutôt que de dénoncer la toxicité que peut prendre la sexualité masculine, vous cherchez à vous intoxiquer vous-même, femmes, au nom de la liberté.


« On a fait croire à la femme qu’elle pouvait avoir une sexualité égale à celle de l’homme et qu’elle pouvait jouir comme l’homme libertin sans conséquence malgré leur différences biologiques. La pilule contraceptive, initialement outil de contrôle des naissances au sein d’un couple marié, lui a ensuite été présenté comme l’objet magique lui permettant d’être l’égal de l’homme dans la sexualité. Aujourd’hui, beaucoup de femmes dénoncent le désintérêt des hommes pour la contraception masculine et le “poids” que représente la pilule pour les femmes avec tout ce que cela a de contraignant. Quelqu’un te force à la prendre, la pilule ? Comprends-tu que naturellement, c’est toi qui subit les conséquences particulières d’une aventure frivole et que ton partenaire masculin est par nature libre de ces mêmes conséquences et peut décider de se défaire de ses responsabilités ? Les maladies sexuellement transmissibles affectent les deux mais remarquez que c’est devenu un sujet de santé publique avec la normalisation des coups d’un soir et du sexe avec des inconnus.


« Certaines femmes ne choisissent-elles pas de se sexualiser elles-mêmes au nom de la liberté ? Le choix de tenues légères est loué comme symbole de liberté et de féminité mais les hommes véreux n’en profitent-ils pas ? Des tenues autrefois portées par des prostitués dans un but aguicheur sont devenues la norme pour des jeunes filles dès treize ans. Est-ce le signe d’une société saine ? Le regard féminin sexuel institué n’existe pas contrairement au regard masculin et les tentatives de le construire au nom de l’égalité s’échouent lamentablement. Dans de nombreuses disciplines sportives, les tenues féminines laissent toujours entrevoir plus de parties de corps que celles les hommes. Ce n’est jamais une obligation mais beaucoup d’athlètes féminines l’ont intégré. Est-ce pour améliorer tes performances sportives que tu laisse entrevoir une partie de tes fesses ? N’est-ce pas une soumission au regard masculin ? Les prostituées dont je parlais plus tôt ne se développent-elles pas dans des plateformes de plus en plus variées pour répondre à une demande quasi exclusivement masculine ? Quand est-ce que les mouvements féministes s’empareront-elles de ce sujet ?


« D’ailleurs une femme qui décide du jour au lendemain de se prostituer est-elle nécessairement entièrement libre dans son choix ? Prenons ce témoignage que j’ai entendu récemment d’une jeune femme victime d’une série de viols. Elle raconte avoir décidé quelques temps après d’ouvrir un compte dans une plateforme d’offres sexuelles audiovisuelles au grand désarroi de ses proches. Quand on l’interroge en profondeur, elle reconnaît faire cela dans un processus de guérison. C’est une façon pour elle de s’affirmer en tant qu’individu après les abus qu’elle a subis où elle a été considérée comme un objet. Elle peut désormais choisir de se donner si elle le souhaite et de donner ce qu’elle veut. C’est une façon pour elle de “prendre le contrôle”. Mais sommes-nous vraiment libres lorsque nos actions sont dictées par nos traumatismes ? Peut-on vraiment en guérir en nous dégradant davantage ? Voyez pourquoi il faut dire “cette personne fait usage de sa liberté” plutôt que “cette personne est libre”. On ne sait pas ce qui se passe dans la tête de l’autre. Seul l’individu concerné sait au fond de lui s’il ou elle est véritablement libre ou contraint dans ses choix.


« Certaines femmes aiment parfois se défaire de leurs responsabilités. Elles partent de leur expérience personnelle avec les hommes qu’elles ont choisi pour, quand ça tourne mal, en déduire que toutes les femmes doivent vivre la même chose et parler alors d’un problème universel causé par ce fameux “patriarcat” qui produirait des mâles “toxiques”. Mais si les masculins toxiques perdurent c’est que les femmes continuent de les sélectionner. Car là est un pouvoir social féminin que les femmes intègrent assez vite. Dans la grande majorité des espèces animales, c’est le mâle qui est initiateur et demandeur de l’accouplement et la femelle est en position de juge et de sélectionneur parmi plusieurs prétendants. Les choses ne sont pas très différentes dans l’espèce humaine. C’est universellement l’homme qui fait la cour, acte qui demande souvent de s’humilier devant sa dulcinée. C’est une situation sociale qui vous place, vous les femmes, sur un piédestal et que vous ne chercherez naturellement pas à “déconstruire” ou à en dénoncer l’arbitraire. Tu ne te maquilles pas et ne te fais pas belle pour plaire aux hommes, je veux bien te croire. Cela serait dérisoire. Tu te maquilles et te fais belle car tu as compris consciemment ou inconsciemment le pouvoir social qu’obtient une femme par l’entretien de sa beauté. Pour beaucoup trop d’hommes, la beauté est le critère unique pour le choix de leur partenaire. Ils s’humilient devant des femmes qui les attire physiquement afin de quémander de l’intimité sexuelle car c’est à leur yeux la plus grande chose que pourrait leur donner un partenaire féminin. Et ils s’étonnent que les femmes s’enflent d’orgueil. “Les femmes me méprisent” qu’ils disent. Ne mérites-tu pas qu’on te méprise ? Regardes-toi dans un miroir, je t’assure que tu te mépriserais toi-même ! Animal ! quand deviendras-tu homme ? Plutôt que de réfléchir par le bas-ventre, réfléchit par ta tête ! Quand tu choisis une femme à qui faire la cour et montrer ta valeur, regarde aussi son caractère et sa personne profonde, considère ses valeurs morales et comprends que tu t’agenouilles devant elle en hommage au rôle que la nature lui a donné d’être source de vie. Tu auras alors plus de dignité à lui courir après que si c’était seulement par appât sexuel. Ne sois pas comme ces vilains juges de la Grèce antique qui auraient abandonné toutes charges contre une courtisane après qu’elle se soit mise nue devant eux. Le manque de contrôle de soi en matière de sexualité n’est pas synonyme de puissance mais en réalité traduit un état esclavage et une bassesse d’esprit. Ce n’est pas pour rien que le sexe, aujourd’hui plus que jamais, peut être un outil de manipulation et de contrôle de masses d’hommes.


« Pour en revenir au choix des femmes – excuse-moi d’avoir dévié pour exprimer mon mépris aux hommes libidineux – certaines ne voient chez les hommes qu’elles sélectionnent que des traits séduisants leur offrant la promesse d’une vie vibrante et amusante et sont aveugles à leurs traits toxiques. Beaucoup méprisent la gentillesse, l’associant à la faiblesse et à la monotonie. Peut-être pas toi, mais reconnais qu’autour de toi, tu as au moins une femme dont peut-être tu es la confidente qui se plaint d’enchaîner les relations où elle est maltraitée sans jamais se remettre en question et affirmant que “tous les hommes sont les mêmes”. Non, pas tous les hommes mais ceux que tu as choisis, ma chère.
– Tu sembles le dire toi même à moitié mot mais oui le problème, c’est les hommes. Les violences sexistes et sexuelles, contrairement à ce que tu as dit sont confortées par le patriarcat dans la mesure où dans ce système oppressif, les femmes ne sont jamais crues et on les incrimine pour leur tenue plutôt que de tenir pour entiers responsables les hommes qui n’auraient pas “pu se contrôler”. Tout cela est un problème d’hommes avec leurs privilèges ! Les violences sont un problème d’hommes ! Il faut éduquer les hommes !
– Je te le répète : si les masculins violents par nature prospèrent encore c’est que beaucoup trop de femmes les renforcent. Ne vous déchargez pas de votre responsabilité, encore moins aujourd’hui où votre choix est beaucoup moins contraint. Aussi, l’objectification de la femme qui s’opère dans la tête d’agresseurs n’est certainement pas combattue par une libéralisation sexuelle incontrôlée. En tenant ce discours essentialisant, diabolisant le sexe masculin dans son ensemble, beaucoup de féministes modernes cherchent un moyen de se sanctifier et de ne jamais se remettre en question. Certaines mouvances du féminisme occidental moderne ne sont que ressentiment et haine cathartique envers les hommes. Remarquons le paradoxe que ce genre de féminisme prenne naissance dans nos sociétés où les femmes ont les droits les plus avancés et sont les plus libres au monde malgré les vraies imperfections qui restent à corriger. Votre position de victimes d’“oppression systémique” comme vous aimez parfois le dire fait-elle nécessairement de vous de bonnes personnes ? Vous dénoncez un “privilège masculin” absolu mais ne pouvez-vous pas, aussi femmes que vous êtes, jouir de d’autres privilèges liées à votre situation sociale de naissance et votre bagage économique et culturelle qui sont très déterminant dans la vie future d’une personne ? Et les privilèges liés au fait de ne pas avoir à faire face au racisme dans votre pays ? Les hommes noirs étaient-ils épargnés par la traite négrière ? Ne considérait-on pas autrefois la dimension sociale de la personne et sa classe bien avant son sexe ?


« De quel privilège parles-tu ? Celui pour les hommes d’être la cible privilégiée des massacres visant une ethnie dans le but de couper toute résistance ? Les crimes contre les “femmes et les enfants” étant à part et considérés comme plus révoltant et inacceptables en temps de guerre ? Vous parlez du privilège pour les hommes d’occuper les postes de travail les plus éprouvant et considérés comme les plus dégradant, mais essentiels à la société ? et de voir leur espérance de vie diminuer drastiquement ? Mais il est dans votre intérêt d’essentialiser les inégalités hommes-femmes et d’en faire quelque chose de binaire et simpliste à travers l’histoire.


« Irez-vous jusqu’à dire que le mal est seulement un problème d’hommes ? Admettons que, statistiquement, le masculin ait le monopole du mal brut et de la violence. Mais n’y a-t-il pas mille façons de faire du mal à son prochain dont beaucoup sont dans les cordes des femmes ?
« Le patriarcat en tant que telle avait une base religieuse. Aux hommes qui ne “peuvent pas se contrôler” cite-les le Christ qui s’adresse à eux, mâles, les enjoignant de s’arracher les yeux et de les jeter loin d’eux s’ils ne peuvent pas s’empêcher de regarder avec luxure une femme quelle que soit sa tenue. Pareil pour ceux qui ont tendance à avoir les mains un peu trop baladeuses : qu’ils les arrachent et les jettent loin devant eux. Voilà des solutions radicales au problème de ces esclaves résignés de leurs désirs charnels. S’ils préfèrent les Grecs, tu peux aussi les rappeler que ceux-ci durant l’Antiquité accordaient de la valeur au contrôle de soi contrairement à aujourd’hui où on loue l’exubérance sexuelle.


« Pour conclure en cette matière de sexualité, il faut, oui, éduquer. Mais éduquer à nouveau les jeunes garçons comme les jeunes filles à la pudeur et à la sacralité du corps. Je dirais aussi en circonstance que tout m’est permis mais tout n’est pas utile, tout m’est permis mais je ne me laisserai pas asservir par quoi que ce soit.

« Je vais conclure ce discours en dénonçant une dernière idéologie – à laquelle pourrait s’englober le point précédent – se justifiant par la liberté. C’est l’idée justement qu’au nom de celle-ci, il faille déconstruire toutes les normes sociétales. Tout, selon cette idéologie, absolument tout, est construction sociale et peut donc sans risque et même nécessairement, être déconstruit.


« On loue donc la liberté de ceux qui voudraient par exemple se défaire du couple et de la famille traditionnelle et “explorer” d’autres choses comme l’amour “libre” et la normalisation des familles décomposées, les confortant dans un individualisme joyeux, libéré de devoirs traditionnels. Ils refusent catégoriquement de considérer les repères traditionnels comme le mariage, comme si traditionnel rimait avec mauvais et vide de sens. Ils veulent “tracer leur propre chemin” sans “carcans sociétaux” mais sans savoir où ils vont. Mais errer sans repères et sans but, ce n’est pas ça la liberté. C’est tout simplement errer. On peut fait le choix libre de suivre les repères traditionnels et de nous les approprier, comprenant leur sagesse.


« La binarité de genre, malgré son inscription dans plusieurs millions d’années d’évolution, serait une pure invention et chacun peut choisir librement de s’en défaire et d’ “explorer son genre” dans sa prétendue multitude et fluidité. Mais certaines “constructions sociales” ne sont-elles pas juste des extrapolations humaines de réalités biologiques intangibles ? Il y a de nombreuses propositions de ce genre qui se normalisent dans notre société avec le soutien d’une élite économico-politique. En effet, à qui profite le crime, si ce n’est au système libéral économique qui s’épouse parfaitement au libéralisme sociétal ? La déconstruction de la famille traditionnelle et le développement de l’individualisme n’est-il pas une manne financière pour de nombreuses entreprises ? Vous affirmez votre individualisme mais pas votre individualité et vous pouvez demeurer des moutons que sauront manipuler en masse les sociétés de publicité. L’individualité demande réflexion et esprit critique. Le cinéma majoritaire participe à la propagande de ces idées-là qui placent beaucoup de gens dans ce qu’ils imaginent être le camp du “progrès” et du “bien”. Tout à l’heure, nous évoquions l’endoctrinement religieux. Quel type et quel niveau d’endoctrinement sont nécessaires pour se convaincre qu’il est acceptable et même nécessaire d’administrer des bloqueurs de puberté à des enfants ayant exprimé une dysphorie de genre ? Nous sommes dans une société où le vrai est sacrifié à la sensibilité individuelle. On n’a plus le courage de dire la vérité et de le défendre comme un bien et par amour authentique, pour ne pas heurter des sensibilités multiples, pour ne pas blesser.
– Pourquoi ne pas laisser être ces personnes qui ne font pas de mal à qui que ce soit ? Quel mal font à la société une minorité qui ne veut que s’affirmer librement et être qui ils sont vraiment ?
– Jusqu’à preuve du contraire, ils sont libres dans notre société d’ “être qui ils sont” et de s’exprimer, étant protégés par la loi contre toute police des mœurs auto-déclarée. Mais c’est que souvent, ceux qui demandent la liberté, l’ont déjà. Tant que tu n’es pas menacé mentalement ou physiquement par des organes de l’État censés te protéger, tu es libre dans ton pays. Tu n’es pas comme ceux qui ont dans le passé ou qui doivent encore aujourd’hui dans certains endroits du monde défendre leur liberté au prix de leur vie.


« Voyez ce transsexuel qui, ne pouvant plus supporter le regard interrogateur des personnes, surtout les enfants, de son quartier après son “changement de sexe”, crie au manque de liberté. Mais ce n’est pas la liberté dont il s’agit. Ce qu’il ou elle – ou iel – veut c’est la “normalisation” de son cas. Voilà ce qui pose problème. Non pas l’affirmation individuelle inoffensive d’une poignée d’individus mais leur militantisme pour la normalisation de leur choix de vie. Non, il ne faut pas normaliser ce genre de choses et j’enjoins la majorité silencieuse faite de personnes encore saines d’esprit dans notre société de refuser le fruit du militantisme d’une poignée d’individus même supportés par des puissants. Les normes existent et ont du sens. La liberté n’est pas dans l’affirmation arbitraire qu’ils sont caduques.


« On entend ce même discours dans de nombreux autres cas. Il y a les néoféministes avec certaines de leurs mini-combats ridicules comme celle de la normalisation des poils visibles dans le corps des femmes. Elles ne s’estiment pas libres car devant répondre aux “injonctions” sociales à ce sujet. Mais de quelles injonctions tu parles ? Celles où on te met un fusil à la tempe ? Je ne crois pas. Tu es libre, mais ne veut pas l’assumer. Si je peux résister aux fortes injonctions à l’hypersexualisation, toi aussi tu peux exercer ta liberté sans vouloir remettre en cause le monde. Les critères de beauté évoluent. Les choses peuvent changer si des femmes courageuses assument leurs choix libre et ses conséquences : moins plaire aux hommes. Les mentalités pourraient progressivement évoluer à ce sujet – ou non – mais certainement pas en un claquement de doigts après la simple expression d’une volonté de “normalisation”. De même pour les femmes ayant multiplié les relations et qui désespèrent de moins attirer les hommes sérieux : c’est aussi ne pas assumer les conséquences de sa liberté. Prenons un cas plus sérieux, celui des dites “injonctions” à la maternité. Le féminisme moderne s’est employé à désacraliser la maternité, la désignant presque comme une “invention” du patriarcat. Disant que la femme ne devrait pas être réduite au rôle maternel – ce qui est une demande juste – vous niez en réalité complètement que cela fasse partie de son essence. Vous êtes les mêmes à défendre le fait qu’un homme puisse devenir femme par la seule force de sa volonté. Comment défendre la dignité des femmes en niant leur essence ? Vous dénoncez ainsi des “injonctions” liées à la maternité – qui ne peut concerner que les femmes – mais aussi celles liées au célibat – qui concerne aussi les hommes et les pousse à la paternité – encourageant la formation des couples. Mais ces injonctions ne sont-elles pas universellement compréhensibles ? Toutes les sociétés au monde ne diabolisent-elles pas le célibat et ne valorisent-elles pas la maternité ? Vous préférez que les sociétés humaines ne répondent plus à l’instinct de reproduction et de conservation de l’espèce ? Ne pouvez-vous pas apprendre à dépasser votre petite personne et à supporter certaines injonctions sensées tout en préservant votre liberté de choix de vie ?


« Pour tous ces cas, ainsi que celui du transsexuel, ce n’est pas que vous n’êtes pas libres à cause de la société c’est que vous n’avez pas assez de courage pour être libres. Vous avez besoin d’être rassurés et d’entendre que ce que vous faites est correcte pour le faire tranquillement. La société, voire l’univers tout entier, devrait selon vous, vous caresser dans le sens du poil et se soumettre à votre sensibilité individuelle pour que vous vous sentiez véritablement libres. Génération de fin de civilisation ! Vous n’êtes plus capable de rien, exigeant de tout avoir sur un plateau d’argent ! Vous voulez tous les droits sans aucun devoir à assumer !


« Pour ma part je choisis librement de ne pas déconstruire mais de toujours bâtir ; d’améliorer si besoin l’édifice de la civilisation, de constamment l’embellir au nom du progrès de la justice mais de ne jamais chercher à détruire l’édifice de base car je comprends son intelligence universelle et millénaire. Tout m’est permis mais tout n’est pas utile, tout m’est permis mais tout n’édifie pas.

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